Logo MONTABEN EXPERTISE & CONSEIL

Trésorerie

Tableau de trésorerie à 90 jours : comment le construire et l'utiliser

Une méthode simple pour prévoir les encaissements et décaissements semaine par semaine, repérer les alertes et piloter la trésorerie d'une PME.

Par Abdenasseir Bennacer · 8 min

Vous ouvrez votre banque un lundi matin et le solde paraît correct. Mais permettra-t-il de payer les salaires, la TVA, un fournisseur important et une échéance d'emprunt dans six semaines ? Le relevé bancaire décrit aujourd'hui. Un tableau de trésorerie à 90 jours aide à voir ce qui arrive.

Cet outil n'a pas besoin d'être complexe. Sa valeur vient surtout de la qualité des hypothèses et de sa mise à jour régulière.

Pourquoi retenir un horizon de 90 jours

Treize semaines offrent un compromis utile. L'horizon est assez proche pour travailler avec des informations concrètes, mais assez long pour anticiper plusieurs cycles de facturation, de paie et d'échéances.

Au-delà, les hypothèses deviennent souvent plus fragiles. En dessous, certaines tensions apparaissent trop tard pour être traitées sereinement. Le tableau à 90 jours ne remplace donc pas un budget annuel. Il répond à une autre question : à quel moment le solde disponible risque-t-il de devenir insuffisant ?

Construire une ligne par semaine

Commencez par treize colonnes, une pour chaque semaine. La première ligne indique le solde bancaire réellement disponible au début de la période. Ajoutez ensuite les encaissements, les décaissements et le solde final.

Le solde final d'une semaine devient le solde initial de la suivante. Cette mécanique simple rend immédiatement visible le point le plus bas de la période, souvent plus instructif que le solde de fin de mois.

Évitez de compenser plusieurs comptes sans réflexion. Si une somme n'est pas librement mobilisable, ne la traitez pas comme du cash disponible.

Recenser les encaissements avec réalisme

Partez d'abord des factures clients déjà émises. Pour chacune, indiquez la semaine de règlement la plus probable, pas seulement la date contractuelle. L'historique de paiement du client peut aider à ajuster l'hypothèse.

Ajoutez ensuite les ventes qui devraient être facturées pendant les 90 jours. Distinguez clairement les montants certains, probables et encore commerciaux. Une proposition envoyée n'est pas un encaissement acquis.

Pour une activité récurrente, les contrats signés fournissent une base solide. Pour une activité par projets, rattachez les encaissements aux acomptes et jalons prévus. Conservez la TVA dans les flux bancaires, puisque le tableau suit bien les mouvements réels.

Lister les décaissements sans oublier les irréguliers

Les sorties sont souvent plus prévisibles que les entrées. Regroupez-les par familles faciles à contrôler :

  • salaires et coûts associés
  • fournisseurs et sous-traitants
  • loyers, assurances et abonnements
  • impôts, taxes et échéances sociales
  • remboursements d'emprunts
  • investissements prévus
  • distributions ou prélèvements décidés

Les paiements annuels ou trimestriels sont précisément ceux que l'on oublie lorsque l'on raisonne à partir d'un mois moyen. Relisez les relevés des douze derniers mois et le calendrier des obligations pour repérer ces récurrences.

Documenter les hypothèses

Un bon tableau ne se contente pas d'un montant. Il indique pourquoi ce montant est placé à cette date. Une courte note peut préciser « facture émise, échéance confirmée », « commande signée, acompte attendu » ou « estimation prudente selon historique ».

Cette discipline permet de comprendre rapidement ce qui change d'une semaine à l'autre. Elle facilite aussi le dialogue lorsque le tableau est partagé avec l'expert-comptable ou un responsable interne.

La fiabilité des données comptables reste essentielle. La page expertise comptable détaille le socle nécessaire pour disposer de comptes suivis et d'échéances identifiées.

Définir trois niveaux d'alerte

Il n'existe pas de montant universel valable pour toutes les PME. Chaque entreprise peut néanmoins définir trois zones adaptées à ses charges et à la volatilité de ses encaissements.

Niveau normal

Le solde reste supérieur à la réserve minimale décidée par le dirigeant. Les opérations prévues peuvent être maintenues, tout en surveillant les principales hypothèses.

Niveau de vigilance

Le solde approche la réserve minimale. Il faut confirmer les gros encaissements, revoir les dépenses reportables et préparer les options disponibles. Ce niveau appelle une action, pas une inquiétude abstraite.

Niveau critique

Le tableau fait apparaître une impossibilité probable de régler toutes les échéances. Le dirigeant doit alors agir immédiatement, hiérarchiser les sujets et prendre conseil. Attendre le jour du paiement réduit fortement les solutions possibles.

Le seuil de chaque zone doit tenir compte du coût mensuel de la structure, de la concentration des clients et des engagements incompressibles.

Installer un rituel hebdomadaire

Choisissez un jour fixe et limitez la mise à jour à une trentaine de minutes lorsque le tableau est bien tenu. Relevez les soldes, remplacez les prévisions par les flux réellement constatés, décalez les encaissements retardés et ajoutez les nouvelles informations.

Puis examinez quatre points : le solde le plus bas, la semaine où il intervient, les trois hypothèses qui l'influencent le plus et l'évolution par rapport à la semaine précédente.

Ce rituel donne au tableau sa valeur. Un fichier précis mais ouvert une fois par trimestre ne protège pas la trésorerie.

Tester plusieurs scénarios

Le scénario de base présente l'hypothèse la plus probable. Ajoutez un scénario prudent en décalant certains encaissements et en conservant les dépenses certaines. Un troisième scénario peut intégrer une vente importante ou un investissement envisagé.

L'objectif n'est pas de prévoir exactement l'avenir. Il est de mesurer les conséquences d'un retard, d'une décision ou d'un aléa. Si une seule facture décalée de deux semaines suffit à créer une rupture, cette dépendance doit être connue.

Les erreurs qui affaiblissent le tableau

La première consiste à confondre facture et encaissement. La deuxième est d'oublier la TVA ou les remboursements de capital. La troisième est de saisir toutes les ventes espérées comme si elles étaient certaines.

Évitez aussi les catégories trop détaillées. Le tableau doit rester lisible. Le détail comptable existe ailleurs. Ici, le dirigeant cherche à identifier les dates, les montants et les leviers principaux.

Enfin, ne masquez pas une semaine négative par une moyenne mensuelle positive. Une entreprise doit pouvoir payer à chaque échéance, pas seulement afficher un solde correct à la fin du mois.

Relier prévision et décisions

Le tableau à 90 jours devient plus utile lorsqu'il dialogue avec le reporting mensuel. La projection explique ce qui pourrait arriver. Les comptes montrent ce qui s'est réellement produit. Les écarts améliorent progressivement les hypothèses.

Si vous souhaitez structurer ce suivi et commenter régulièrement ses évolutions, vous pouvez échanger avec MONTABEN EXPERTISE & CONSEIL.

À lire également

Trésorerie

Stocks : combien coûtent-ils vraiment à votre PME et comment les piloter ?

Un stock immobilise de la trésorerie et génère des coûts souvent invisibles. Comment calculer la rotation, le coût de détention et décider du bon niveau.

Pilotage financier

7 signaux financiers qui doivent alerter un dirigeant avant une tension de trésorerie

Sept signaux précoces à suivre pour détecter une dégradation financière avant qu'elle ne devienne une crise de trésorerie.

Rentabilité

Seuil de rentabilité : le chiffre à connaître avant de démarrer le mois

Calculer et utiliser le seuil de rentabilité d'une PME pour relier chiffre d'affaires, marge, charges fixes et décisions opérationnelles.

Parlons de votre situation.

Un premier échange pour comprendre où en est votre entreprise et ce dont elle a besoin. Sans engagement.

Prendre rendez-vous